Le parcours du Professeure Papadopoulou et ses activités à l’Université d’Athènes – Interview, part. 1

 RE Papadopoulou

Madame Revekka-Emmanouela Papadopoulou est Professeure Assistante en droit européen à la Faculté de Droit de l’Université d’Athènes.

 

S.X. : Parlez-nous de votre parcours académique.

R.-E. P. : J’ai étudié le Droit à la Faculté de Droit de l’Université d’Athènes. Ensuite j’ai suivi des études post-universitaires en Belgique, et plus spécifiquement à l’Université Libre De Bruxelles (ULB) où j’ai obtenu une Licence Spéciale en Droit Européen (Institut d’Etudes Européennes, IEE) ainsi qu’une Licence Spéciale en Droit Administratif (Faculté de Droit). Enfin, j’ai obtenu le Diplôme de Doctorat en Droit à la Faculté de Droit deà l’Université Catholique de Louvain (UCL) .

S.X. : Quel a été votre sujet de thèse ? Pourquoi aviez-vous choisi ce sujet ?

Le sujet de ma thèse était « Fondement, statut et concrétisation des principes généraux du droit dans l’ordre juridique communautaire » et elle a été publiée chez Bruylant /Sakkoulas en 1996 sous le titre « Principes généraux du droit et droit communautaire. Origines et concrétisation ». Mon directeur de thèse était le Professeur Joe Verhoeven.

J’ai choisi ce sujet parce que je considérais (et je considère toujours) que les principes généraux ont une place importante à prendre dans l’ordre juridique européen vu son caractère « elliptique » et son besoin quasi « existentiel » d’autonomie par rapport au droit international et aux droits des États membres; de ce fait, j’ai voulu étudier leur origine, leurs contours et leur impact sur l’évolution de l’ordre juridique de l’Union européenne. Grâce à cette recherche, j’ai eu l’occasion de me familiariser avec plusieurs domaines du droit européen et d’apprécier la contribution de la Cour de Justice dans le processus d’intégration.

S.X. : Présentez-nous les idées principales de votre thèse à l’époque et son actualité aujourd’hui.

Ma thèse a exploré la place des principes généraux du droit dans l’ordre juridique européen ainsi que leur apport au processus d’intégration. Commençant par une classification en principes communs aux droits nationaux, principes structurels et principes axiomatiques, j’ai ensuite procédé à une identification de certaines catégories de principes basée sur le critère de leur lien avec le droit écrit : principes explicitement, implicitement ou non consacrés par les règles écrites. Basée sur cette double classification, la thèse a analysé la place et le statut des différentes catégories de principes généraux à travers la jurisprudence de la Cour de Justice de l’Union européenne qui a consacré, interprété et concrétisé ces principes.

La thèse a conclu que les principes généraux du droit sont un instrument privilégié auquel la Cour de Justice a recours dans plusieurs domaines afin de compléter ou interpréter des règles existantes, mais aussi afin de pallier l’absence du droit écrit : il en va ainsi, entre autres, du domaine de la protection des droits de l’homme, des principes de solidarité, de sécurité juridique, de proportionnalité, etc.

A mon avis, ma thèse est toujours d’actualité ; ceci est dû à la nature même des principes généraux, qui ont une existence et une force juridique autonomes et indépendantes des règles écrites. Le nouvel article 6 TUE est très évocateur à cet égard, dans la mesure où il consacre la protection des droits de l’homme en se basant non seulement sur la Charte des Droits Fondamentaux, mais également sur les principes généraux du droit. Il est ainsi évident que les principes généraux du droit apportent à l’ordre juridique européen la flexibilité et le dynamisme qui sont nécessaires à son évolution.

S.X. : Quelles sont les matières que vous enseignez à l’Université d’Athènes ainsi que vos projets de recherche actuels?

Mes enseignements à l’Université d’Athènes concernent des cours obligatoires et optionnels tant au niveau de la Licence qu’au niveau du Master. Ainsi, ceux-ci portent tant sur des thématiques générales que sur des questions plus spécifiques, comme le droit économique et les questions d’actualité, telles que le Brexit et la crise de l’Etat de droit dans l’Union, qui sont analysées dans le cadre des séminaires optionnels. Plus particulièrement, dans le cadre du cours obligatoire « Droit de l’Union européenne », on présente le système institutionnel européen, les sources du droit européen, les principes qui règlent les relations entre le droit européen et de droit national (primauté, applicabilité et effet direct, obligation d’interprétation conforme du droit national, etc), ainsi que le système juridictionnel (recours directs, procédure préjudicielle etc). L’enseignement combine des questions de théorie et des cas pratiques basés sur la jurisprudence de la Cour de Justice. Je suis également chargée du cours « Questions approfondies de droit international et de droit européen », dans lequel nous approfondissons  des dossiers de droit européen que nous actualisons tous les deux ans. Jusqu’à présent, nous avons traité des sujets tels que la protection des droits de l’homme dans l’Union, les relations entre l’Union et ses Etats Membres, et la place des sanctions économiques et politiques dans l’ordre juridique européen.

Au niveau du Master, j’enseigne, d’une part, « Le droit du marché intérieur » qui vise à approfondir les développements concernant le fonctionnement du marché intérieur et le droit de la concurrence. à travers  le droit primaire, dérivé et la jurisprudence de la Cour de Justice, et, d’autre part, le« Droit fiscal de l’Union Européenne » qui couvre la fiscalité directe et indirecte. Les sujets étudiés sont, à titre indicatif, l’Union douanière, l’harmonisation en matière de TVA et d’accises ainsi qu’en matière de taxation des entreprises associées, etc.

S.X. : Qu’est qui rend un Professeur un bon directeur de thèse ? Quelle est votre vision dans l’encadrement des thèses ?

Être directeur de thèse est une expérience très enrichissante. A mon avis, le directeur de thèse doit accompagner le doctorant dans sa recherche sans lui imposer sa propre vision des choses. Il doit l’aider à poser les questions juridiques pertinentes à explorer et lui donner l’impulsion nécessaire pour continuer son travail. Il doit être constamment disponible pour répondre aux questions et aussi aux angoisses du doctorant sans pour autant créer chez lui un sentiment de dépendance et d’insécurité.

Propos receuillis par Stamatina Xefteri

Suite de l’Interview mardi prochain

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