Les COMUE et l’Open Access, l’exemple de PSL, interview Catherine Kounelis, part. 1

035catherine-kounelis-v2Quels rôles les Communautés d’universités et d’établissements (COMUE) sont amenées à jouer dans le développement de l’Open Access?  Catherine Kounelis,en charge de ce dossier au sein de la COMUE, PSL répond à nos questions. PSL est une COMUE parisienne regroupant 26 établissements prestigieux couvrant tous les domaines du savoir : sciences, arts, sciences humaines et sociales 26 établissements dont l’Université Paris-Dauphine, l’EHESS, l’ENS et l’ESPCI (École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris). Catherine Kounelis est la Directrice de la Bibliothèque de l’ESPCI depuis 1999. Si d’autres COMUE souhaitent nous faire part de leur l’implication dans l’Open Access qu’elles n’hésitent pas à nous contacter ou à laisser des commentaires. 

O.T.: Pourriez-vous nous expliquer de quelle manière vous participez à l’élaboration de la stratégie de PSL en matière d’Open Access?

Catherine Kounelis:  La mise à disposition des publications des chercheurs en libre accès sur une Archive Ouverte est l’un des piliers de la stratégie numérique de PSL. Elle vise un double objectif :

  • répondre aux besoins des chercheurs de communiquer rapidement les résultats de leurs recherches et
  • contribuer à la visibilité de la recherche.

A la tête de la Bibliothèque de l’ESPCI depuis dix sept ans, j’ai pu constater au fil des ans la transformation des usages et celle des attentes des chercheurs d’une part et l’évolution des coûts de la documentation, toujours à la hausse malgré le passage au numérique d’autre part. Après l’apparition des premières revues électroniques à la fin des années 1990 et la généralisation du « Big Deal » ou accès aux ressources par « bouquets de revues électroniques » pendant la décennie qui a suivi, le paysage de l’IST (Information Scientifique et Technique) est en train de connaître une troisième révolution grâce à l’irruption du libre accès. PSL désire promouvoir le libre accès par la mise en œuvre via un portail d’archives ouvertes d’une offre d’outils et de services destinés à fluidifier le circuit de dépôt en texte intégral des versions autorisées des publications, des textes de conférences, de comptes-rendus et d’autres formes de résultats de la recherche. En accord avec mon établissement de rattachement, je consacrerai une partie de mon temps de travail à la mise en œuvre de ce projet en tant que chef de projet documentaire appuyée par un groupe de travail représentatif des établissements.

O.T.: PSL est une Comue regroupant 26 établissements, chacun menant sans doute des actions en matière d’Open Access. Comment votre action va -t-elle s’articuler avec celles déjà entreprises dans les établissements? Quelle est la valeur ajoutée proposée par PSL par rapport aux actions menées dans les établissements?

Catherine Kounelis: Plusieurs établissements de PSL ont, en effet, déjà mis en œuvre une Archive Ouverte institutionnelle à divers degrés d’avancement et de taux de remplissage, d’autres pas encore. D’une manière générale, une archive ouverte institutionnelle réunissant dans une même application l’ensemble des publications d’un établissement participe à la construction de son identité et de sa visibilité. Le portail d’Archive Ouverte de PSL n’a pas pour vocation de se substituer aux solutions existantes des établissements, mais d’apporter un point d’entrée complémentaire à ceux qui en ont déjà, et une opportunité pour ceux qui n’ont pas encore franchir le pas. Sa valeur ajoutée réside tout d’abord dans sa capacité à mobiliser l’ensemble de la communauté PSL autour d’initiatives coordonnées : ateliers, conférences, tutoriels mis en ligne sur PSL-Explore. Au delà du périmètre des bibliothèques, une politique concertée conduite au niveau de la Comue permet de sensibiliser et d’impliquer des acteurs à différents niveaux de responsabilité (chercheurs, personnels administratifs, directeurs des services et des laboratoires), de partager les expériences de ses membres, de consolider les compétences existantes et d’entraîner dans sa dynamique des établissements qui n’y seraient pas aller seuls.

La mission de l’Open Access de PSL sera conduite par la Direction de Ressources et Savoirs qui est chargée de la coordination des bibliothèques et des musées de PSL dans les domaines de l’IST, de la communication scientifique et de la diffusion des savoirs. Elle sera placée sous l’égide du doyen de la Recherche et du Vice-Président aux ressources numériques de PSL. Un comité de pilotage et un comité opérationnel réunissant des directeurs, des chefs de service et des chercheurs de PSL assureront la mise en oeuvre et le suivi du projet.

O.T. : PSL est-il présent dans les réseaux qui en France ou à l’international s’intéressent au développement de l’Open Access?

Catherine Kounelis: PSL est très attentive à suivre l’actualité de l’Open Access en France et à l’étranger. Nous participons à des conférences, des colloques, des ateliers, des formations à distance, nous sommes sur des listes de diffusion dédiées au libre accès. Nous sommes présents pendant les journées nationales et professionnelles des acteurs de l’IST : le CNRS, le Centre pour la communication scientifique directe (CCSD), l’Association des directeurs et personnels des  directions des bibliothèques universitaires et de la documentation (ADBU), le réseau des utilisateurs de HAL. L’ESPCI a organisé un workshop sur les voies du libre accès  en 2013 qui avait pour objectif de mettre en avant les voies soutenables ou Fair Open Access. L’Ecole des Mines, l’Université de Dauphine, l’Observatoire ont organisé des événements autour de l’Open Access à différentes occasions. A l’ENS, il existe un réseau dynamique de chercheurs à qui nous devons, par ailleurs la plateforme Dissemin, projet innovant conçu et réalisé par les chercheurs pour les chercheurs. Dissemin permet d’une manière très simple à un auteur d’interroger en quelques minutes le taux de ses articles qui sont en libre accès, d’identifier ceux qui ne le sont pas et de les verser d’un seul clic dans un espace de dépôt. PSL et la plupart de ses établissements sont membres du consortium Couperin des bibliothèques et nous avons des correspondants pour l’Open Access dans presque tous nos établissements. La question de l’adhésion de la ComUE  PSL à des réseaux internationaux de communautés du Libre Accès, comme le DOAJ (Directory of Open Access Journals) et SPARC (the Scholarly Publishing and Academic Resources Coalition) sera traitée en 2017.

O.T. : Existe-t-il au sein de PSL une volonté de développer la création de revues en Open Access?

Catherine Kounelis: En effet, nous nous sommes posés la question. Plusieurs établissements de PSL ont déjà une maison d’édition. PSL a créé une revue en Open Access en 2013, la Revue Sciences/Lettres, portée par l’ENS, qui a aujourd’hui  quatre volumes. En s’appuyant sur les Presses existantes de ses membres, PSL forme le projet de développer une offre éditoriale qui pourrait couvrir les revues, mais aussi les monographies. A mon sens, une revue en Open Access de PSL (gold open access) devrait rentrer dans cette initiative, à condition de s’appuyer sur des modèles soutenables (fair gold).

Je tiens à souligner ici que le rôle des chercheurs dans la réussite d’un tel projet est capital. Ce sont eux qui à la fois fournissent et valident les contenus. Les moyens informatiques permettent aujourd’hui de créer et de faire vivre une revue en libre accès (gold open access) à peu de frais en proposant souvent un modèle innovant. Le modèle d’épi-revues ou Episciences propulsé par le CCSD est un bon exemple de ce qui peut être une plateforme technique permettant d’héberger de nouvelles revues alliant le principe de dépôt dans une archive ouverte (voie verte) à un processus éditorial de type « revue » avec comité de lecture et peer-reviewing (voie dorée). En bousculant le circuit classique de soumission-évaluation-publication, la revue eLife encourage les chercheurs à déposer sur sa plateforme des pre-publications (articles en attente d’évaluation par les pairs) dans l’objectif de faire connaître les résultats de la recherche rapidement et de bénéficier des retours de la part des lecteurs susceptibles de contribuer à améliorer la version finale de l’article. D’autres initiatives vont plus loin en expérimentant l’évaluation ouverte par les pairs (open peer-reviewing) où les échanges entre auteurs et reviewers sont publics.

Cependant, il est difficile d’attirer des publications et donc d’impulser la création d’une nouvelle revue sans s’appuyer sur un réseau académique prestigieux. Sans articles de bonne qualité, une revue peine à décoller. Les jeunes doctorants qui ont besoin de références dans leur curriculum vitae pour démarrer leur carrière, peuvent difficilement risquer de publier dans une revue qui n’a pas fait ses preuves. Les scientifiques dont l’excellence académique n’est plus à démontrer ont seuls la capacité de créer la dynamique nécessaire pour qu’une revue nouvelle de type épi-sciences prenne son envol en y apportant la matière première, c’est à dire des articles de bonne qualité qui vont à leur tour attirer d’autres articles de bonne qualité et ainsi de suite, ou bien de soutenir par leur autorité intellectuelle des revues en full open access nouvellement créées, comme PeerJ ou Self Journal of Science qui reposent sur des modèles économiques innovants.

Réussir une nouvelle revue c’est donc d’abord rassembler une communauté scientifique autour du projet. C’est d’ailleurs ce que montre la plateforme Revues.org  qui regroupe plusieurs centaines de revues de sciences humaines et sociales en libre accès,  portées essentiellement par les communautés des chercheurs. En sciences dures, nous avons également des exemples qui marchent particulièrement bien et montrent que c’est possible, comme par exemple la revue Journal of Machine Learnig Research, une revue hébergée au MIT qui assure le développement et la maintenance de l’application technique. C’est une revue de référence, entièrement en libre accès, sans frais de publication pour l’auteur, très sélective dans son domaine de spécialité et pourtant entièrement portée par la communauté scientifique.

Propos recueillis par Olivia Tambou

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